Congrès eco-bau et NNBS 2015: transformation durable de sites et de bâtiments

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Cette année, Mme Friederike Pfromm, présidente de l’association eco-bau et architecte municipale de la Ville de Lucerne, a accueilli plus de 200 participants. Ce congrès traditionnel, qui s’est déroulé le jeudi 26 mars sur le site Toni à Zurich, était pour la première fois organisé de concert avec le Réseau Construction durable Suisse (NNBS). La thématique centrale en était la transformation durable de sites et de bâtiments. Le site Toni, fraîchement mis en exploitation, a constitué à ce titre un décor idéal et un exemple parfait.

Durant la matinée, huit orateurs ont permis aux participants de se familiariser avec la matière. Il a tout d'abord été question de la transformation de quartiers urbains puis des sites et des bâtiments. Il en ressort pour l’essentiel qu’il vaut mieux développer avec circonspection le bâti existant que de faire table rase. Plusieurs orateurs ont abordé la question des utilisations intermédiaires, qui permettent non seulement de gagner du temps, mais facilitent aussi le marketing du site et fournissent des idées pour l’utilisation définitive.

Les avis étaient unanimes quant au fait que les sites ne peuvent être développés durablement d’un point de vue social que si les groupes d’intérêt sont impliqués tôt dans le processus. Il faut aussi que des représentations concrètes quant à l’utilisation soient développées et réalisées. Et pour que les sites attirent le public, il faut prêter attention au développement des espaces extérieurs et intermédiaires. Enfin, une longue maturation aboutit souvent à de meilleurs résultats qu’un développement rapide.

Divers ateliers ont agrémenté l'après-midi, avec pour titres «Les facteurs de succès pour les quartiers en transformation», «La contribution des quartiers durables par rapport au tournant énergétique» et «Les processus de transformation de bâtiments». Les sujets abordés durant la matinée ont ainsi pu être approfondis. Enfin, la visite du site Toni a été très appréciée.

Rapport

Cette année, Mme Friederike Pfromm, présidente de l’association eco-bau et architecte municipale de la Ville de Lucerne, a accueilli près de 230 participants. Ce congrès, qui s’est déroulé le jeudi 26 mars sur le site Toni à Zurich, était pour la première fois organisé de concert avec le Réseau Construction durable Suisse (NNBS). La thématique centrale en était la transformation durable de sites et de bâtiments. Le site Toni, fraîchement mis en exploitation, a constitué à ce titre un décor idéal et un exemple parfait.

Le programme a débuté par l’exposé de M. Angelus Eisinger. Directeur de la planification régionale zurichoise, il a occupé de 2008 à 2013 le poste de professeur d’histoire et de culture métropolitaine auprès de l’Université HafenCity à Hambourg. M. Eisinger a relevé qu’en matière de développement de sites, les limites du triangle classique de la durabilité (société-économie-environnement) sont vite atteintes. Il a plaidé pour une conversion réfléchie et soigneuse de telles surfaces, faisant fi de toute table rase hâtive. M. Eisinger a en outre recommandé de passer des alliances inédites pour de tels projets. Divers exemples en Europe prouvent que les solutions ainsi dégagées sont souvent acceptables. Il n’y a cependant pas lieu de se faire d’illusions sur l’apport de ces sites au développement d’une ville. L’heure des grandes transformations arrive à terme, car de tels lieux deviennent rares. «La durabilité doit désormais être une composante intrinsèque», a-t-il en définitive relevé à l’intention des participants.

Impliquer tôt les groupes d’intérêt
Mme Monika Klingele, responsable de la gestion territoriale Zurich-Ouest auprès de la Ville de Zurich, a ensuite passé en revue le développement du quartier Zurich-Ouest, qui comprend le site Toni. La transformation d’un tel quartier industriel, couvrant une centaine d’hectares, ne peut pas être l'affaire de la seule municipalité. Il est essentiel d'impliquer tôt les groupes d'intérêt concernés, car les possibilités dont disposent les intéressés d'exercer une influence décroissent évidemment de manière exponentielle au fur et à mesure que le projet avance. Jusqu’ici, 40 projets ont été réalisés à Zurich-Ouest par des privés. La ville a investi 63 millions de francs dans l’infrastructure. La part de logements négociée à l'origine, de 20 à 30 pour cent, est actuellement nettement dépassée en raison des conditions du marché.

M. Peter Jakob, du cabinet d'architecture Bauart, a quant à lui donné un aperçu des processus de transformation en cours dans d'autres villes suisses. Il a lui aussi plaidé pour une réaffectation adéquate du bâti existant et vanté les mérites de la mixité entre le vieux et le neuf. Des exemples concrets ont été présentés, à l'instar du site industriel des CFF à Olten, de la zone de la gare à Wettingen et du quartier Ecoparc à Neuchâtel. Pour M. Jakob, il ne suffit pas de placer des bâtiments durables pour qu'un site le devienne. Le caractère durable présuppose que des mesures d'urbanisme appropriées soit prises au préalable. Et cela ne suffit pas, à terme, si l'on ne parvient pas à trouver un bon équilibre entre les diverses utilisations afin de faire vivre le quartier.

M. Armin Isler, a alors présenté les 90 ans d'histoire du site Toni. Représentant l'ancienne propriétaire des lieux, la Banque cantonale zurichoise, il a suivi de près tout le processus de transformation. Son exposé a souligné à quel point la réaffectation d'un tel site (d'une superficie représentant deux terrains de football) peut être longue et emprunter des voies de traverse. En l'espèce, il a fallu compter une bonne quinzaine d'années, des utilisations intermédiaires très diverses et un mandat d'étude qui a mobilisé 12 bureaux.

Utiliser judicieusement les espaces intermédiaires
M. Andreas Binkert, de Nüesch Development, a alors présenté à titre comparatif le développement de la zone Dreispitz à Bâle. L'accent y a été mis sur les espaces intermédiaires et non sur les structures individuelles. Cette approche est déterminante pour la communication, le jeu, le sport, le repos et la détente, donc pour qu'un quartier (re)vive. La qualité des espaces intermédiaires doit résulter d'une adéquation optimale entre densité, mobilité et bâti. A cet égard, il n'y a pas de valeur-repère en matière de densité. Tout dépend de la culture locale et du contexte social, et il convient de la définir avec les groupes d'intérêt. Le fait que l'être humain n'est pas un fervent partisan de la densité est prouvé par les résultats d'une étude selon laquelle 46 pour cent des sondés indiquent ne pas encore habiter dans une maison individuelle uniquement pour des questions d'ordre financier. Ils sont même 71 pour cent à affirmer vouloir habiter en périphérie urbaine. «La densification requiert une périphérie qui compte de grands espaces verts», a-t-il résumé en guise de conclusion. Les questions relatives à la mobilité qui en résultent ne constituent pas un problème particulier pour la transformation durable de sites, contrairement à ce que l'on croit.

M. Christof Zollinger, du cabinet d’architecture EM2N, a lui aussi insisté sur l'importance des espaces intermédiaires. Il a présenté la manière dont l'usine laitière, en son temps la plus grande d'Europe, est devenue un atelier culturel et une forge d'idées. Il a révélé le concept élaboré en son temps par les architectes. L’idée centrale était de faire entrer dans le bâtiment les piétons qui passent dans la rue. Voilà qui explique l'immense hall d'entrée, qui traverse le bâtiment et sert de lieu semi-public pour diverses activités et manifestations.

Les vertus de la lenteur
M. Andreas Siegenthaler, d’Implenia, a démontré que la transformation de grands sites industriels ressort gagnante d'un processus lent. Dans le cas du site Sulzer à Winterthour, cette lenteur a abouti à une grande diversité. Celle-ci n'était pas intentionnelle, mais plutôt le fruit des conditions économiques qui ont prévalu. Un des éléments centraux du développement de ce site est le principe dit de la vieille ville. On entend par là que bâtiments et espaces intermédiaires doivent être aussi importants les uns que les autres. Cela implique toutefois également un concept d'extension continue du site. Celui-ci doit alors se développer à l'image d'une vieille ville bénéficiant de conditions favorables. L'exemple de Winterthour prouve l'importance et la justesse des utilisations intermédiaires. De plus, il a été constaté que les utilisations envisagées doivent être les plus variées possibles, afin de pouvoir réagir aux changements des conditions économiques et sociales.

M. Martin Hitz, président de NNBS, a alors résumé les exposés et donné son avis sur les défis qu'il conviendra de relever. Il s'est en outre réjoui de constater qu'il était possible de remplir une salle de concert de 200 places en organisant un congrès sur le développement durable de sites. Il y a vingt ans à peine, le résultat aurait déjà été satisfaisant si un groupe de travail de 20 personnes s'était réuni à cette occasion.

Durant l'après-midi, trois ateliers ont permis d'approfondir les questions abordées le matin même. Il y a été question des «Facteurs de succès pour les quartiers en transformation», de «La contribution des quartiers durables par rapport au tournant énergétique» et des «Processus de transformation de bâtiments». Enfin, la visite du site Toni a été très appréciée.

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